Leur album, il s’appelait “Tempest” . Je doute que quiconque soit en mesure de relever ce calembour de haute volĂ©e (une rĂ©fĂ©rence obscure Ă un livre obscur), mais comme l’action se situe en Australie j’ai trouvĂ© ça de bon ton. Suite Ă la sortie vinyle de l’album susmentionnĂ©, le groupe Buried Horses, originaire de Melbourne, est venu tourner en France. Profitant d’une derniĂšre date dans la capitale, Ă La FĂ©line, je suis allĂ©e Ă leur rencontre pour les voir jouer leur poser deux trois questions.
Avant d’ĂȘtre un album, Buried Horses c’est d’abord deux frĂšres guitaristes, Jim et Tom, puis un bassiste, Liam.  ”Jim, Tom et moi on joue ensemble depuis cinq ans, et depuis trois ans notre groupe sâappelle Buried Horses” explique ce dernier. Ajoutez-y un chanteur torturĂ©, Mark, et Craig, batteur confirmĂ© qui sĂ©vit dĂ©jĂ dans plusieurs groupes, et qui traĂźne ses balais sur les peaux Ă©quines depuis dĂ©cembre.
Lors de leur passage Ă La FĂ©line, les Buried Horses Ă©taient amputĂ©s de leur tĂȘte pensante, Tom, qui devait rentrer en Australie pour ses Ă©tudes. Cependant, les gars ont eu beau avouer entre deux chansons que cette absence les dĂ©solait, ils n’en parraissaient pas moins unis. Les quatre “bourrins” ont jouĂ© une bonne partie de leur set en cercle, les uns face aux autres. Pas parce que c’Ă©tait un dispositif scĂ©nique, pas parce qu’ils se prenaient pour Hendrix ou Morrison, parce que c’Ă©tait instinctif, comme leur musique, tout simplement.
Câest Jim qui a donc dĂ» assurer seul les parties de guitare. En bras de chemise et avec un look de premier de la classe qui contraste Ă©tonnamment avec son jeu, il faisait pleuvoir les notes tranchantes et les riffs rouillĂ©s, Ă nous en faire chopper le tĂ©tanos. Quand on lui demande d’oĂč sort ce son infernal, le guitariste a dĂ©jĂ la rĂ©ponse toute prĂȘte : “Pour la guitare on s’inspire d’une combinaison entre The Drones, qui est une rĂ©fĂ©rence plutĂŽt Ă©vidente pour nous, et de Beast Of Bourbon. De la musique australienne rock/post-punk en fait”.
Pour achever de donner leur noirceur aux morceaux de Buried Horses il y a Mark. “Mark est fascinĂ© par la mort, les incarnations bizarres, et les consĂ©quences encourues par ceux qui survivent Ă la mort”, poursuit Jim avec un large sourire quelque peu antithĂ©tique Ă son propos. Pour comprendre il faut voir le chanteur Ă l’oeuvre : dire de lui qu’il est possĂ©dĂ© est un euphĂ©misme. Vous voyez Screamin Jay Hawkins ? Ne cherchez plus qui est le “you” sur qui il a jetĂ© un sort. Les mains dans le dos et les yeux presque toujours fermĂ©s, le corps tendu vers le micro, Mark rĂ©cite des incantations plus qu’il ne chante.
La formule marche bien et la foule se presse dans le petit bar français transformĂ© en ambassade du rock australien. Jim me confie son cĂŽtĂ© francophile et son amour de Paris, ici les gens lui paraissent plus accueillants et ouverts. C’est la premiĂšre fois que j’entends une chose pareille, mais pour une fois que nous ne passons pas pour d’odieux grincheux, je ne vais pas le contredire.
Il avait dĂ©jĂ plusieurs fois foulĂ© le sol hexagonal, mais c’est la premiĂšre fois qu’il avait l’occasion de jouĂ© pour un public français, une opportunitĂ© offerte par Beast Records. Liam m’explique le pourquoi du parce que : “On est signĂ© chez Spooky Records en Australie, et on voulait sortir un album en vinyle. Comme on a pas facilement accĂšs aux presses Ă vinyle lĂ bas, beaucoup d’artistes de Spooky ont signĂ© chez Beast Records Ă Rennes. Donc le patron de Spooky a fait Ă©coutĂ© notre album Ă Seb Bomb Boogie de Beast et il a dit “bien sĂ»r on va faire un vinyle et on va les faire tourner aussi”, ça c’est passĂ© trĂšs vite, et nous voilĂ en France, la tournĂ©e est finie, c’Ă©tait une belle rĂ©ussite”.
LouĂ©s soit les rennais pour avoir fait venir ces quatre (cinq en fait) cavaliers de l’apocalypse. “On Ă©tait dĂ©jĂ au courant avant que les groupes australiens Ă©taient bien accueillis en Europe, surtout pour les ceux qui jouent le mĂȘme genre de chose que nous, cette espĂšce de noise-rock. C’est devenu Ă©vident pour nous aprĂšs cette tournĂ©e. Partout oĂč on allait c’Ă©tait incroyable de voir la culture musicale des français quant aux groupes australiens. Ils parlent de gros groupes comme Airbourne, mais aussi de The Vines, qui sont trĂšs populaires en Europe” dit Liam, avant que Jim ne prenne la relĂšve : “C’est touchant cette impression que les gens hors de notre continent apprĂ©cient autant la bonne musique australienne. On vient ici et on entend les gens parler de Beast Of Bourbon avec tant de dĂ©fĂ©rence qu’on se sent fiers de jouer ce genre de musique”.
Sur ces bonnes paroles s’achĂšvent une rencontre musicale mais aussi humaine avec des gars venus de l’autre bout du monde. “Tempest”, si c’Ă©tait un livre, ce serait une oeuvre de Cormac McCarthy, “une sorte d’obscur pĂšlerinage sans but, sans gain et avec perte, parce que c’est un album sombre comme les livres de Cormac” commence Ă expliquer Jim pendant que Craig et Liam rigolent. Si c’Ă©tait un film ce serait un bon western, un film de David Lynch ou un film typiquement australien. Si c’Ă©tait un album en tout cas, ce serait celui que vous devriez Ă©couter.
Buried Horses vous recommande d’Ă©couter :
Love/Hell
Head-On (Beast Records)
Twenty Seven Winters
Céline Rigoni