La page facebook des Motor Kids laisse rĂȘveur : une mention j’aime (les Black Keys), quelque vidĂ©os en bataille (Gov’t Mule), et un morceau live enregistrĂ© Ă l’aide d’un Iphone. C’est suffisant pour que je dĂ©cide d’aller les voir jouer. Donc Motor Kids, au premier abord c’est beaucoup de cheveux. Ensuite, pour ceux que ça intĂ©resse, c’est aussi et surtout : Pierre Ă la batterie, Alim Ă la guitare et au chant, et Adrien Ă la basse. On se pose sur des matelas, on pique un chauffage d’appoint, on attend la biĂšre, elle arrive, et on commence Ă discuter.
Pierre (batteur) : Ăa fait longtemps qu’on se connaĂźt Alim et moi. On s’est rencontrĂ©s Ă l’Ă©cole Atla et on a eu quelques projets ensemble auparavant. On s’est retrouvĂ©s il y a quelques mois Ă l’occasion d’une jam, il m’a dit “j’ai un projet en tĂȘte” et il connaissait Adrien. J’avais jamais jouĂ© avec Adrien, on a fait deux trois rĂ©pĂ©t’ et c’Ă©tait parti.
Alim (guitare/chant) : Avant avec Pierre on avait un groupe qui s’appelait Soulshine. Quand ça s’est fini on est partis chacun de notre cĂŽtĂ©, puis on s’est rejoints, on s’est dit qu’on allait jouer ensemble. Adrien je l’ai revu il y a deux ans, il jouait dans le groupe d’un autre pote, Arno Boytel, je me suis tout de suite dit “on va jouer ensemble”. On a attendu le moment propice et voilĂ on a jouĂ© tout les trois. On s’est pas vraiment donnĂ© de direction de style, on a juste commencĂ© Ă jouer et ça s’est fait tout seul. C’Ă©tait vraiment pour voir ce que ça donnerait tout les trois, parce qu’on veut vraiment devenir professionnels. C’est ce qu’on aime faire donc on aimerait bien gagner notre vie comme ça, tout en faisant de la musique qu’on aime.
Quelles sont vos influences ?
Adrien (basse) : J’ai horreur de ce genre de question ça me casse les couilles…
Pierre : Nos influences c’est beaucoup de Bach, de Mozart, on aime beaucoup les gros violoncelles et les harpistes.
Alim : Pas beaucoup de bruit, pas de disto…
Pierre : Non. En fait on a beaucoup d’influences, tout les trois on Ă©coute beaucoup de choses diffĂ©rentes et je ne pense pas qu’on les retrouve vraiment dans ce qu’on fait. Mais s’il fallait dire Ă quoi on ressemble je pense qu’on penche plutĂŽt vers les Black Keys avec un petit cĂŽtĂ© Motörhead pour la puissance et l’Ă©nergie.
Alim : Je dirais mĂȘme les Black Keys, jouĂ©s par Motörhead. Les Black Keys c’est groovy, tranquille, c’est bien rock aussi, mais Motörhead c’est plus speed. Nous on aime les deux donc dans le set on a pas mal de morceaux rapides et d’autres plus calmes. Tout le monde y trouve son compte au final, il y a tout ce qu’il faut !
Pierre : …C’est un gros bordel en fait.
Motor Kids est-il bien huilé ?
Alim : Ca joue bien, il y a une bonne cohĂ©sion. C’est le dĂ©but de Motor Kids, c’est ce qui est intĂ©ressant, de voir le projet Ă©voluer. Les dĂ©buts d’un groupe c’est ce qu’il y a de mieux. Et là ça va trĂšs trĂšs vite par rapport aux autres groupes qu’on a eu.
Pierre : Au travers de nos expĂ©riences passĂ©es, chacun de notre cĂŽtĂ©, on a parfois Ă©tĂ© un peu gĂȘnĂ©s par l’attitude de personnes manipulatrices qui nous ont assommĂ©s de travail. On s’est rendu compte que c’Ă©tait pas une mĂ©thode qui portait ses fruits sur le long terme ; quand on a dĂ©cidĂ© de jouer tout les trois on s’est juste dits “on va faire de la musique qu’on aime, on va se faire plaisir, on ne va pas dĂ©marcher, faire de pub, enregistrer… on va juste faire des concerts et prendre notre pied, on ira Ă notre rythme. Si ça va vite tant mieux, si ça prend du temps on le prendra. On commence et on verra”.
Alim : On est d’abord musiciens. Parce qu’aujourd’hui on est obligĂ©s d’ĂȘtre un peu musicien, graphiste, tout le bordel, faire de la pub : il faut tout faire. Ăa on l’a vĂ©cu avec nos projets passĂ©s. Aujourd’hui le plus important pour nous c’est de faire de la musique et de jouer avec des gens avec qui on s’entend, aprĂšs le reste vient tout seul.
Vous comptez enregistrer ? Je n’ai trouvĂ© qu’un live…
Alim : Ouais on a enregistrĂ© un truc live avec un Iphone… On nous avait demandĂ© de poster une chanson enregistrĂ©e alors on a mis celle lĂ .
Pierre : C’Ă©tait pendant notre premier concert au Scopitone, c’est un peu Ă l’arrache. C’Ă©tait un concert de rodage, le tout dĂ©but du groupe, on venait de trouver notre direction… Si on doit faire un album on veut le faire Ă notre rythme, on a pas de deadline, mĂȘme si on avance vite.
Alim : La preuve on joue dans une belle salle ce soir !
Vous prĂ©fĂ©reriez ĂȘtre signĂ©s ou rester indĂ©s ?
Alim : IndĂ© ça veut dire tout et n’importe quoi.
Pierre : moi j’ai mon idĂ©e sur la question. Avec la chute du disque, je prĂ©fĂšre ĂȘtre chez un petit label au lieu d’ĂȘtre signĂ© dans un gros truc. Faire sa petite route, tranquillement, surtout faire du live, se faire connaĂźtre dans les festivals…
Adrien : Oui puis il vaut mieux faire partie d’un petit label avec une Ă©quipe qui se bouge le cul, plutĂŽt que d’ĂȘtre dans une grosse maison de disque oĂč les mecs se foutent de toi. Tu es noyĂ© parmi d’autres gros artistes et les gars ne suivent pas ton projet.
Alim : Ils te font une annĂ©e de pub et si ça marche, c’est cool, si ça ne marche pas : tiroir, direct, et tu restes signĂ© lĂ pour deux ans ou je ne sais pas…
Et l’auto-production ?
Adrien : c’est une ruine.
Pierre : Il faut faire gaffe aux termes. La production c’est simplement le fait d’avoir de l’argent et de l’investir, l’auto-production c’est avoir de la tune et l’investir dans ton projet. Ăa veut pas dire que tu sais masteriser, que tu sais enregistrer quoi que ce soit, ou que t’as le matos pour le faire. Nous l’argent, comme tout bon musicien, on en a pas. Donc on prĂ©fĂšre aller voir des professionnels dans de bons studio et trouver des fonds, des aides de mairies. D’ailleurs le centre Fleury Goutte d’Or oĂč nous sommes en ce moment est financĂ© par la mairie de Paris. C’est surtout par des plans comme ça qu’on avance. En ce moment on pense surtout Ă la scĂšne. L’album on y pense, mais doucement.
Donc vous ĂȘtes plus partisans du live.
Alim : Dans les autres projets qu’on a eu, du moins pour ma part, on enregistrait directement. On composait cinq ou six titres et on en faisait un EP, du coup c’Ă©tait pas encore mĂ»r, on ne jouait pas assez, on ne tournait pas assez. Pour Motor Kids on voulait dĂ©jĂ avoir pas mal de morceaux et trouver notre direction, savoir oĂč on voulait aller. Avec le live, on va choisir parmi nos morceaux ceux qui nous reprĂ©sente le plus.
Vous reprenez des morceaux de vos anciens groupes ?
Alim : Ouais, City Of Diamond Rings qu’on a jouĂ© avec Soulshine et avec The Valets. Ce morceau il a tournĂ© dans tout les groupes et on l’a repris plus Ă notre sauce, plus rock et plus costaud.
Quels sont les thÚmes abordés dans vos chansons ?
Alim : Un peu de tout, la vie de tout les jours en gros. Ce sont surtout des chansons engagĂ©es. Pas politiquement, mais socialement. Par exemple City Of Diamond Rings, n’Ă©tant pas nĂ© en France mais au Maroc, c’est ma vision de Paris. Quand tu arrives et que tu fais des virĂ©es nocturnes, des soirĂ©e sur Paris. Puis Sister c’est Ă propos d’une soeur, je ne sais pas oĂč elle est, elle est partie de la maison et je la cherche encore. Evil’s Ride c’est le truc qui te prend la tĂȘte, ça parle des soirĂ©es oĂč tu rentres torchĂ©s. T’es musiciens, tu pars en soirĂ©e avec tes potes, tu te dis que ça va ĂȘtre cool, vous allez faire un concert, vous allez rester jusqu’Ă cinq heure du mat’, mais pour se lever le lendemain et aller travailler tu morfles. Donc il y a de tout. Les paroles c’est aussi important que la musique et parfois mĂȘme plus.
Le producteur idéal pour vous ce serait qui ?
Alim : Dan Auerbach des Black Keys, dans son studio Ă Nashville.
Sur ces entrefaites débarque Mathieu, bassiste et chanteur des Human Teorema, qui ne vont pas tarder à monter sur scÚne. La conversation tourne autour des Black Keys et on fini nos biÚres. La musique commence dans la salle, Alim part en griller une, dans une demi heure, Motor Kids sera sur scÚne pour une performance enflammée. Si vous y étiez, tant mieux pour vous. Si vous avez raté ça, quatre ou cinq clips live ont été tournés dans la soirée. Vous les retrouverez bientÎt sur la page facebook du groupe.
Interview réalisé par McFly