Dans la peau d’un juré de ‘Rock The Gibus’ : portrait-type du groupe voué à l’échec.
Mon fabuleux destin m’a tout fraîchement mené jusqu’au festival ‘Rock The Gibus’. J’ai l’honneur cette année d’appartenir au jury du prestigieux tremplin rock. Après avoir assistés à la majeure partie des concerts de sélection, moi et mes compères avons constaté être souvent témoins des mêmes erreurs. A l’aide d’un groupe fictif, je vais tenter de vous en livrer les principales.

La génération franglaise
« The International Loosers » (groupe fictif) ne se rend que très rarement à la classe d’anglais de Madame Michouze. Pourtant, il s’agit du cours à absolument ne pas manquer quand on a la prétention de chanter dans la langue de Shakespeare. « Ecouter Simple Plan et regarder American Pie en VO suffit à notre éducation » vous rétorqueraient les jeunes tigres. Eh bien sachez, naïfs, que même si la masse sonore du live ne nous permet pas de philosopher explicitement sur la profondeur exacte des paroles, un charabia est quand même toujours démasqué. Dans le cas précis où vous seriez passés à l’école en courant, soyez moins hype (tant pis) et rendez hommage à votre langue natale. Vous y gagnerez en clarté.
Nous ? Avant de se battre, on capitule.Â
Persuadé d’être un orateur digne des plus grands (Staline, Clémenceau, Lillian Thuram, je déconne pour l’un d’entre eux, saurez vous le retrouver ?), le leader des « International Loosers » prend très au sérieux le speach d’avant-guerre. « Euh le Gibus ? Alors nous on est ensemble depuis 1 semaine et on n’est pas super prêt en fait… ». Allez hop, une balle dans le pied ! Un discours d’auto-disqualification, où la formation s’excuse presque de sa présence.  Tout ça a au moins le mérite de me rappeler mes années collèges et ses fameux exposés imposés. Séquence nostalgie : « Madame, j’ai préparé ça au dernier moment, c’est mal fait et tout».
Trêve de plaisanteries, ce genre de déclaration va à l’encontre même du concept de la séduction. Eh oui, un tremplin rock équivaut a un plan drague du jury. Et qui dit drague dit stratégie consistant à se montrer sous son meilleur jour, non pas à lister consciencieusement ses petits défauts. Débuter un rendez-vous galant par « Salut, je pue de la gueule, je m’habille mal et je collectionne les radiateurs » : selon vous, efficace ou pas ?
Vous avez brûlé Jeanne D’arc, on vous vole vos compos !
Les membres d’International Loosers ont bien lu le règlement et sa rigoureuse mention ‘reprises IN-TER-DITES’. Ils tentent cependant un coup risqué : ‘reprises DÉ-GUI-SÉES’.  Un riff de Muse par ci, une mélodie de Placebo par là … Un OASIS d’escroquerie, en somme. Nous prendraient-ils pour des bleusailles ?
International Loosers a maintenant sa propre page Wikipedia. Ils y renseignent leur style en inscrivant ‘pompage anglo-saxons ‘. Ne pas saisir la nuance entre vol et influence : surement l’erreur la plus lourde de conséquence…
Caprices de non-stars.
En sales gosses qui se respectent, toute la troupe d’International Loosers agit après l’annonce des résultats en mauvais perdants snobinards. En quoi le débrief’ avec le jury est-il primordial ? Premièrement parce qu’il est important d’obtenir des conseils en dehors du cercle familial/amical. Les tontons et tatas auront beau vous aimer très fort, l’objectivité ne sera pas au rendez-vous. Légitimez également l’avis des fameux ‘bon potes’ s’improvisant managers d’un soir. Prenez plutôt note de l’opinion du jury de professionnels. Ces derniers ne doivent pas être perçus comme des bourreaux, mais simplement comme des spécialistes là pour vous aider à vous développer.
Critiques, suggestions, tuyaux : manquer cette étape, c’est se priver de 50% de l’intérêt du festival. En général, seul la moitié des groupes prennent conscience de cette chance, l’autre moitié se considérant apparemment à tout point indiscutable. Et vous, vous iriez faire un braquage en repartant avec une seule moitié de la caisse ?
Fausses erreurs, vrais manques à gagner.
‘The International Loosers’ s’efforce de se vêtir le plus banalement possible afin de ne pas attirer l’attention. Une tenue de scène excentrique, c’est augmenter ses chances de taper dans l’œil du jury. Un bel emballage ne sauvera pas un chocolat dégueulasse mais mettra toujours le goûteur dans de bonnes dispositions. Un facteur à ne pas négliger quand on sait combien il est important pour un groupe de se créer une identité propre. Allez-y mollo avec les masques de singes quand même.
Toujours à côté de la plaque, les rockeurs d’International refusent catégoriquement d’entamer leur set par une intro. Pourtant, quelque soit les circonstances, un concert reste un spectacle. Sans tomber dans la surenchère, une intro en adéquation avec le style du groupe peut amener un certain charme.
Louis EustacheÂ











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